Une analyse du jeu de bobby fischer...
Le dossier
Fischer...
Le contexte de l'avant-match Fischer - Taimanov :
Début 1971, Mark Taimanov connaît déjà son futur adversaire dans ce 1/4 de Finale des Matchs des Candidats...(la seule chose qu'il ne sait pas encore c'est qu'il va se faire exploser 6-0 !)...
Les pronostics concernant ce match tournent en faveur de Bobby Fischer qui vient tout juste d'imposer sa loi à l'Interzonal de Palma de Majorque (aux Baléares), tournoi qualificatif pour ce 1/4 de finale des Candidats, avec un impressionnant 18.5pts/23 (4.5pts de plus que Taimanov...).
Interzonal de Palma de Majorque (1970)
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les qualifiés |
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Total |
1 |
Fischer,R | xx |
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18.5pts |
2 |
Larsen,B | 1 |
xx |
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0 |
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15.0 |
3 |
Geller,E | 0 |
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xx |
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15.0 |
4 |
Huebner,R | = |
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0 |
xx |
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1 |
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0 |
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15.0 |
5 |
Taimanov,M | 0 |
1 |
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xx |
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14.0 |
6 |
Uhlmann,W | 0 |
0 |
0 |
0 |
= |
xx |
1 |
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= |
1 |
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= |
1 |
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1 |
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1 |
1 |
1 |
1 |
14.0 |
L'ensemble de la presse et nombre de joueurs pensent que Fischer remportera facilement ce match...quant à Botvinnik et Tal notamment, ils pensent que Taimanov a toutes ses chances !
Le conseil de Tal donné à Taimanov est le suivant:
"Il faut compliquer le jeu avec Bobby Fischer, l'amener dans des positions très aiguës. L'américain ne se sentant en général pas complètement à l'aise dans ce type de positions..."
Tal connaît très bien Fischer et sait d'expérience que lui donner l'initiative revient à se faire hara-kiri...il faut l'amener à jouer une position extrêmement aiguë [comprenez tendue et complexe], où tout peut se décider en un seul coup...cette stratégie, d'après les analystes russes, le met à la portée du commun des mortels. Pour cela cf. =>
- Fischer - Kovacevic (Zagreb 1970) 0-1
- Spassky - Fischer (Siegen 1970) 1-0
- Fischer - Larsen (Palma de Majorque 1970) 0-1
Pour la partie Spassky - Fischer (Siegen 1970), confère [16...Fb7!] jouée notamment par Adorjan contre Scheichel au Championnat de Hongrie de 1971 et qui constitue une amélioration de Leonid Stein au coup joué par Fischer [16...fxe4]...
Mark Taïmanov qui a alors 6 mois devant lui pour se préparer au mieux pour Le match de sa vie va consulter l'autorité incontournable dans le milieu des échecs de l'époque...l'ex-Champion du Monde Mikhaïl Botvinnik..."Bot" acceptera de le conseiller et ira même jusqu'à lui proposer le choix de ses secondants...[tout en objectant fortement au passage que Mikhaïl Tal fasse partie de l'équipe (trop fêtard à son goût ?)]...Taimanov acceptera de suivre à la lettre les conseils du patriarche et regrettera plus tard de ne pas avoir pris Tal comme secondant, un joueur à la joie de vivre débordante et qui plus est l'un de ses meilleurs amis...une personne qui lui aurait apporté un soutien et un réconfort moral non négligeable lorsqu'il fut malmené au score par Fischer...
Mais Botvinnik se montrera fort utile en refilant un dossier constitué d'une analyse approfondie du jeu de Bobby Fischer ! Botvinnik s'était effectivement préparé dans les années 60s à un éventuel affrontement contre le génial américain. Autant dire que ce dossier, à 6 mois du match, tombe à pic pour Taimanov qui pourra ainsi y puiser à loisir des éléments précieux tels que: le style, le répertoire d'ouvertures, les forces et faiblesses...de son adversaire !

Mikhaïl Botvinnik
Dans les grandes lignes, le dossier Botvinnik sur Fischer est le suivant :
Concernant les ouvertures...
Fischer prépare toujours quelques nouvelles lignes à jouer dans ses systèmes favoris (la plupart du temps juste une ou deux). Il faut donc s'attendre avec lui à des nouveautés théoriques dans la Sicilienne ou encore l'Est-Indienne.
Lorsque Fischer est confronté à une nouveauté dans l'ouverture, il réplique la plupart du temps maladroitement ! (Botvinnik)

Bobby Fischer l'éternel bosseur !
Lorsqu'il joue avec les blancs contre la Sicilienne, il adopte parfois le système suivant => Cc3/Cb3/Fe3/Fd3 et Df3
Le système Fischer !
Une partie pour illustrer cela:
Robert James Fischer - Bela Soos (Skopje 1967)

Que se passe-t-il lorsque l'on provoque Fischer dès l'ouverture ? Il se passe ceci...
Concernant le milieu de jeu...
Contre des joueurs plutôt faibles, il aime balancer les pions sur l'aile-roi.
Son credo contre la Sicilienne Dragon était le suivant:
« h4-h5, sacrifice, sacrifice et mat! » Bobby Fischer
Fischer préfère la clarté à la complexité. Fischer n'est pas Tal et inversement. Bien que son talent soit immense et sa capacité de calcul phénoménale, il préfère de loin jouer une partie "positionnelle" à-la-Petrossian plutôt qu'une partie "chaotique/irrationnelle" à-la-Tal. Lorsqu'il a un avantage positionnel, tous les échanges pour simplifier la position sont les bienvenus! Fischer peut perdre sur le plan tactique (surtout lorsqu'il doit passer d'une situation d'attaquant à celle de défenseur, son jeu devient alors approximatif) mais sur le plan technique une défaite est plus qu'improbable...
D'après Botvinnik, Fischer aime;
- Protéger sa chaine de pions
- Détruire le squelette de pions adverse
- Sacrifier la qualité pour des pions centraux
- Les longs coups de Dame (!)
- Jouer le pion (a) lorsqu'un Cavalier adverse se trouve en b3 ou en b6
- Transférer sa Tour sur la 3e rangée (Tf1-e1-e3)
- etc.
La partie suivante (trouvé dans la Mega Database 2006 avec la fonction recherche par manoeuvres) englobe une bonne partie de l'analyse de Botvinnik sur Fischer ! On y retrouve, un long coup de Dame (13.Dd1-h5), la manoeuvre de Tour (Tf1-e1-e3), la destruction du squelette de pions adverse (16.FxCf5) et l'exploitation méthodique d'un avantage dans une position "calme" :
Concernant les finales...
-
Fischer a une préférence pour les finales "Cavalier contre Fou".
-
Il aime la présence des Fous de couleurs opposées lorsqu'il reste des Tours sur l'échiquier.
Observations générales de Botvinnik sur son jeu...
- Il ne faut surtout pas contre Fischer opter pour un sacrifice matériel basé sur des considérations générales car s'il existe la moindre réfutation alors il l'a trouvera à coup sûr!
- La contre-attaque est la meilleure arme contre Fischer s'il se montre agressif sur l'échiquier !
De précieux conseils en effet prodigués par Botvinnik afin d'aider au mieux Mark Taimanov à se préparer contre Bobby Fischer même si après, l'histoire on la connaît...et 1 et 2 et 6-0 !

Bobby Fischer (à gauche) et Mark Taimanov (à droite)...prêts à en découdre ! Image collectée par Steve Stepak
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Après le double 6-0 (infligé à Mark Taimanov et à Bent Larsen) autant dire que Petrossian et Spassky sont prévenus !
Un conseil de sages se réunira alors au Central Chess Club (ex-URSS), composé de 4 GMI (Vasyukov, Boleslavsky, Shamkovich et Polugayevsky). Les "4 sages" sont fermement décidés à découvrir la faille dans le jeu de Bobby! Après une analyse minutieuse de son jeu , ils transmettent alors leurs conclusions à Petrossian et Spassky afin que ces derniers se préparent "correctement" à affronter ce "diable d'impérialo-capitaliste américain"... :-)
Les conclusions de leur analyse sont grosso modo les suivantes....
Dans les ouvertures...
Fischer traite l'ouverture avec beaucoup de sérieux et de professionnalisme (c'est peut être pour cela qu'il n'avait pas en respect le grand Emmanuel Lasker !).
De Lasker, il dira : (source "Bobby Fischer - Profile of a Prodigy" Frank Brady / édition Batsford 1974) :
« Siegbert Tarrasch fut un grand théoricien des ouvertures bien plus qu'Emmanuel Lasker qui, lui, était un joueur de café : Lasker ne connaissait rien aux ouvertures et ne comprenait rien au jeu positionnel » Bobby Fischer
Son répertoire d'ouvertures est certes restreint mais il en connaît les moindres variantes et sous-variantes...
Fischer joue l'ouverture de manière dynamique, cherchant à créer et à maintenir une tension continue sur l'échiquier. Il est toujours à la recherche de l'initiative.
Je signale au passage que les choix d'ouvertures avec les Noirs de Fischer ou encore de Kasparov, notamment la défense Sicilienne et l'Est-Indienne (deux systèmes offensifs plus que défensifs), apportent cette complexité dynamique (d'un point de vue stratégique et tactique) nécessaire pour celui qui cherche à maintenir une certaine tension sur l'échiquier...
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Fischer avec les blancs:
Son arme principale avec les blancs est 1.e4
« le meilleur coup [dé]montré par la pratique » Bobby Fischer
Episodiquement 1.b3 pour surprendre l'adversaire :
1.c4 encore moins...
Fischer adopte des systèmes tranchants comme:
L'attaque Sozin contre la défense Sicilienne (1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 a6 6.Fc4) avec le plan visant à ouvrir la colonne (f) pour valoriser la position active du Fou de cases blanches. Fischer avait une préférence marquée pour ce Fou (parfois appelé Le Fou de Fischer). Voici une partie qui illustre cela à merveille et commentée en vidéo par...Kasparov en personne ! (in english of course)

Voici les commentaires de Fischer sur son 13ème coup contre Gligoric: (source : Bobby Fischer - Mes 60 meilleures parties" - Editechecs)
« [13.De2!?] Une idée entièrement nouvelle alors que 13.Fxc4 TxFc4 14.g4 était la suite normale, et bonne. Le coup du texte permet aux Noirs de prendre le Fou considéré alors comme le plus important des [2] Fous blancs. Bronstein était tellement impressionné qu'il s'enthousiasma à mon 13ème coup «!!» s'exclamant que c'était là la suite "gagnante". » Bobby Fischer
Fischer dispose de l'arme [7.Dg4] contre la défense française variante Winawer qui offre un jeu tranchant avec une attaque sur ailes opposées pour les deux camps (sur l'aile-roi pour les Blancs et sur l'aile-dame pour les Noirs), comme dans la Sicilienne Sozin...
Dans l'ouverture espagnole (Ruy Lopez) (1. e4 e5 2. Cf3 Cc6 3. Fb5) Fischer a parfois, et avec beaucoup de succès, adopté la venimeuse quoique non-en-apparence variante d'échange de l'espagnole (4.FxCc6). Une variante qui a l'avantage de couper court à tous ces nombreux systèmes possibles pour les Noirs dans l'espagnole fermée et de permettre aux Blancs de dicter le caractère de la position à venir. L'échange du puissant Fou blanc de l'espagnole [la principale source des problèmes stratégiques rencontrés par les Noirs dans cette défense, et qui plus est contre un Cavalier dont Fischer jugeait lui-même la valeur théorique inférieure à celle du Fou (3 pour le Cavalier contre 3.25 pour le Fou)] a de quoi surprendre au 1er abord, mais la stratégie reste néanmoins "logique" au regard de ce que les Blancs gagnent dans l'histoire :
- Avec [1.e4, 2.Cf3, 3.Fb5], les Blancs ont accéléré leur développement (et sont prêts à mettre le Roi en sécurité avant de lancer l'assaut...)
- Avec 4.FxCc6, les Blancs détruisent le squelette de pions adverse ([4.FxCc6] / Pensez à l'analyse de Botvinnik ci-dessus!)
La partie Fischer - Gligoric (La Havane 1966) [1-0] est un parfait exemple qui illustre que même les grands joueurs peuvent se faire prendre au piège. Fischer va donner l'impression d'éviter l'échange des Dames en reprenant au centre du Cavalier alors que dans sa préparation sur cette ligne il n'attend que cela ! Mais il attend cet échange dans les meilleures conditions possibles...Et avec [7...c5?] Gligoric va justement lui offrir "ces conditions" recherchées!
Maître du jeu dans les positions "ouvertes", il éprouve néanmoins des difficultés contre des systèmes de jeu "semi-ouverts" tels que la Défense Caro-Kann ou encore la Défense Française.
Définition du jeu semi-ouvert : "dans ces ouvertures, les Noirs rompent la symétrie dès leur premier coup. Ils acceptent d'adopter (temporairement) une structure de pion moins favorable dans le but d'obtenir, à plus ou moins long terme, une rupture et donc une liquidation du centre par des échanges de pions centraux." Wikipedia
Souvenez-vous au début de sa carrière (voir sa biographie), la mauvaise surprise qui l'attendait lors du tournoi des Candidats (Bled-Zagreb-Belgrad 1959) sur la variante dite des deux Cavaliers, un système plus ou moins anti-Caro-Kann (1.e4 c6 2.Cc3 d5 3.Cf3 ).
Le conseil des "4 sages" recommandent la "solide" Caro-Kann [1...c6!] comme une des répliques possibles face au "puissant" 1er coup blanc [1.e4] joué quasi invariablement par Fischer ! Est-ce que Petrossian ou Spassky ont suivi les précieux conseils de nos "4 sages" ?
Dans leur match des Candidats (1971) Petrossian adopta avec les Noirs:
- 2 fois la Sicilienne et se prit deux défaites ! (0/2)
- 2 fois la Défense Française et ne marqua qu'un demi point sur 2 (0.5/2)
- 1 fois la solide Défense Petrov et obtint la nulle (0.5/1)
*Dans leur match pour le titre Mondial (1972) Spassky n'adopta pas une seule fois la Caro-Kann et la Française...
Fischer avec les Noirs:
Autant avec les Blancs, il n'est pas contre des simplifications et un jeu axé sur le positionnel, autant avec les Noirs, il recherche des systèmes dynamiques, à double tranchant...évitant soigneusement toute simplification hâtive et maintenant une tension constante sur le jeu.
Ses défenses favorites avec les Noirs sont :
-
La Défense Sicilienne avec le système 1...c5, 2...d6 et 5...a6 lorsque cela est possible. Il affectionne tout particulièrement la variante du "pion b2 [pas si] empoisonné [que cela] " dans la Sicilienne Najdorf: 1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 a6 6.Fg5 e6 7.f4 Db6 8.Dd2 Dxb2) il a une telle confiance dans ses analyses qu'il ne refuse jamais le débat théorique sur cette ligne !)
- La Défense Est-Indienne (mais il eut des difficultés tout comme Kasparov contre Karpov sur la fameuse variante Säemisch [5.f3]...
- La Défense Benoni (maso !)
- La Défense Alekhine (une défense hypermoderne courageuse qui laisse le centre aux mains des Blancs pour mieux l'attaquer par la suite, enfin si l'attaque du centre réussit...)
La Défense Grünfeld est une ouverture dynamique et complexe et s'intègre parfaitement à la stratégie de Fischer avec les Noirs mais il n'a pas eu de grands succès avec cette Défense (un petit roque contre Spassky, comprenez deux défaites, en 1966 à Santa Monica et en 1970 aux olympiades de Siegen, ainsi que quelques souffrances lors de parties contre Mecking et Taimanov entres autres...).
Contre l'Anglaise [1.c4], il a l'habitude d'adopter le système Est-Indien (fianchetto du Fou en g7, Cavalier en f6, pion en d6, et roulez jeunesse !).
Dans le milieu de jeu...
Les "4 sages" (Vasyukov, Boleslavsky, Shamkovich et Polugayevsky) nous disent ceci :
Comme dans l'ouverture, le milieu de jeu est marqué par le fait que Fischer cherche à prendre l'initiative, à imposer sa volonté sur son adversaire (Kasparov fait exactement de même).
Les variantes irrationnelles découlant de sacrifices intuitifs (made in Tal), très peu pour lui ! Il est continuellement à la recherche d'un jeu simple et logique (l'influence de Capablanca dans son jeu est indéniable et il fit de grandes éloges sur le jeu du génial cubain...).
Ce qui caractérise le plus Fischer dans le milieu de jeu :
1/ Son habileté à jouer avec les pièces est tout simplement impressionnante. Il connaît précisément les forces et les faiblesses de chaque pièce, il sait où et comment positionner ses pièces et surtout comment les faire collaborer entre-elles. Ce don explique pourquoi Fischer recherche les positions ouvertes, mais cela n'explique pas a contrario pourquoi ses adversaires s'obstinent à lui jouer des positions ouvertes ! Il ne bloque que très rarement le centre évitant ainsi autant que possible les positions fermées.
2/ Tout comme il excelle à jouer avec ses propres pièces, son admiration pour Capablanca et l'influence par conséquent du cubain sur son jeu fait que Fischer a lui aussi l'art de mettre en veilleuse le rayonnement des pièces adverses ! Pensez à la "Cold Winter" qu'Echecs-X a analysé pour vous ! Voici ce qu'a dit Fischer sur Capablanca : (source "Bobby Fischer - Profile of a Prodigy" Frank Brady / édition Batsford 1974)
« Capablanca est l'un des meilleurs joueurs de tous les temps mais non pas pour sa maîtrise des finales. Son credo était de jouer une ouverture simple et ensuite de jouer le milieu de jeu tellement brillamment que la partie en était décidée à l'avance, alors même que ses adversaires ne se doutaient de rien la finale sans espoir se profilait devant eux. » Bobby Fischer
3/ Fischer a le don de calculer avec rapidité (Anand), profondeur (Kasparov) et précision (Kramnik) les variantes..."Il est étonnant" (dixit les 4 sages) de voir que malgré sa vitesse de jeu, Fischer ne gaffe quasiment jamais! Signalons que concernant sa rapidité de réflexion, certains ont compris la musique surtout lors du Championnat du Monde de Blitz "officieux" à Herceg Novi en 1970, parmi ses adversaires on comptait les références mondiales du moment en matière de parties rapides...à savoir Bronstein, Tal, Korchnoi et Petrossian. Fischer a balayé quasiment tout le monde sur son passage et a remporté le titre "officieux" de Champion du Monde de Blitz avec un score sans appel de 19pts/22 (+17 =4 -1) !
Championnat du Monde de Blitz à Herceg Novi en 1970 - Classement final
1
|
Fischer
|
(USA)
|
19pts/22
|
2
|
Tal
|
(RUS)
|
14.5
|
3
|
Korchnoi
|
(RUS)
|
14
|
4
|
Petrossian
|
(RUS)
|
13.5
|
5
|
Bronstein
|
(RUS)
|
13
|
6
|
Hort
|
(CZE) |
12
|
7
|
Matulovic
|
(YOU) |
10.5
|
8
|
Smyslov
|
(RUS)
|
9.5
|
9
|
Reshevsky
|
(USA)
|
8.5
|
10
|
Uhlmann
|
(GER) |
8
|
11
|
Ivkov
|
(YOU) |
7.5
|
12
|
Ostojic
|
(YOU) |
2
|
Toutes les parties de Fischer à Herceg Novi >>> ici
Pour ceux qui aiment le jeu rapide, le GMI Hikaru Nakamura est actuellement l'un des meilleurs blitzeur au monde, ses prestations sont toujours très regardées et appréciées sur ICC (pseudo: Smallville), voici un petit aperçu de son talent vous laissant imaginer ce que pouvait être celui de Fisher :-) (Nakamura - Dlugy 1-0 / partie en 1 minute K.O.).

4/ Fischer punit sévèrement toute violation des principes généraux qui guident les ouvertures aux échecs. Bednarski et Rubinetti ont été miniaturisés pour avoir voulu jouer aux plus malins !
Fischer - Bednarski (La Havane 1966) 1-0
Fischer - Rubinetti (Palma de Majorque 1970) 1-0
5/ Fischer fait preuve de ressources et de tenacité quand il faut défendre des positions difficiles. Il est toujours alerte du moindre contre jeu !
6/ Il est plutôt matérialiste, si on lui donne...il prend ! Et s'il prend alors il va falloir justifier la perte sous peine de perdre la partie rapidement ! Cette approche, on la retrouve notamment chez Korchnoi ou encore Anand...l'approche matérialiste du jeu permet entre autre de mettre la pression sur celui qui se déleste de son matériel et si les évènements tournent vinaigre il y a cette possibilité de rendre le matériel tout en infligeant des faiblesses dans le camp ennemi !
6/ Il maîtrise l'art de la Transformation aux Echecs (un concept pas évident du tout à mettre en pratique mais qu'Echecs-X abordera pour vous très prochainement).
Finalisation en cours ! (la phase finale et la conclusion des "4 sages" sur Fischer)
![]()
Source principale: "Russians versus Fischer" de Dmitry plisetsky et Sergey Voronkov (Edition Everyman Chess)
Mais aussi pour les anecdotes un millésime! "Bobby Fischer - Profile of a Prodigy" de Frank Brady (Edition Batsford 1974)
![]()
« Ce que tu veux, cherche-le en toi-même car tu es tout » Najm ud-Din Razi

